Rosalie, pour commencer, pouvez-vous nous présenter Pépinières La Forêt et expliquer en quoi votre activité de production de jeunes plants vous place au cœur des enjeux du jardinage durable en 2026 ?
Les Pépinières La Forêt (cible professionnelle) et Leaderplant.com (cible grand public), c’est un même ADN horticole : produire des jeunes plants adaptés aux jardins d’aujourd’hui et de demain, depuis notre pépinière aux Sorinières (Sud de Nantes). Avec près de 2 millions de plants et plus de 2 500 variétés, nous sommes au départ de la chaîne du jardin.
Notre cœur de métier, ce sont les jeunes plants. Et c’est important, car c’est une forme de production déjà plus sobre : moins d’énergie, moins de transport de matière végétale adulte, et surtout des plantes qui s’installent directement dans leur milieu final avec un système racinaire encore très actif.
En 2026, le jardinage durable ne se résume plus à "faire attention” : il s’appuie sur des choix structurants dès le départ. Le végétal n’est plus seulement décoratif, il devient fonctionnel : plus résilient face au climat, plus autonome en eau, et de plus en plus utile à la biodiversité.
C’est exactement là que notre rôle de pépiniériste prend tout son sens : proposer des plantes qui ne sont pas seulement jolies le jour de l’achat, mais pertinentes sur plusieurs années. Et parfois, la meilleure innovation au jardin, c’est simplement la bonne plante au bon endroit, même si elle ne fait pas immédiatement “waouh” sur la photo.
Vous produisez près de 2 millions de jeunes plants par an, sur plus de 1 600 variétés. Concrètement, comment cette diversité végétale permet-elle de promouvoir des pratiques de jardinage plus résilientes (adaptation au changement climatique, réduction des intrants, biodiversité) pour les jardiniers et les professionnels ?
Cette diversité est d’abord une réponse très concrète aux réalités du terrain. Avec plus de 2 500 variétés, notre pépinière peut couvrir une grande variété de situations : sécheresse, sols pauvres, expositions difficiles ou milieux urbains contraints.
Le principe est simple : une plante bien choisie dès le départ demandera moins d’eau, moins de traitements et moins de remplacements. La résilience commence donc par le bon choix végétal, pas par une intervention corrective permanente.
Cette diversité permet aussi d’intégrer des plantes utiles au jardin : mellifères pour les pollinisateurs, couvre-sols pour limiter les adventices, ou espèces favorables à la protection biologique intégrée. On ne plante plus seulement pour décorer, mais pour faire fonctionner un écosystème.
Notre rôle est justement de transformer une contrainte climatique en solution végétale concrète. Autrement dit, nous essayons de rendre le jardin plus intelligent que les aléas météo, ce qui, en 2026, n’est pas un luxe.
Votre certification Plante Bleue Niveau 3 – HVE est l’une des plus exigeantes en France. Au-delà du label, quelles sont les pratiques très concrètes, sur vos deux sites de production, qui peuvent inspirer les jardiniers soucieux de réduire leur impact environnemental chez eux en 2026 ?
Le cahier des charges de la certification Plante Bleue Niveau 3 HVE se traduit par des pratiques très opérationnelles.
L’eau est un point central : elle est pilotée finement selon les besoins réels des plantes, avec des systèmes d’irrigation maîtrisés et une logique d’économie plutôt que de standardisation. On n’arrose pas “par habitude”, mais par nécessité.
Nous travaillons aussi sur la fertilisation en recherchant l’équilibre : apporter juste ce qu’il faut pour la croissance, sans excès. L’objectif est de produire des plantes robustes, pas des plantes dépendantes.
La protection des cultures repose sur une approche raisonnée, privilégiant l’observation et les méthodes de lutte biologique quand c’est possible. Le préventif est toujours préféré au curatif.
Enfin, la biodiversité est intégrée dans les sites eux-mêmes, avec des zones favorables aux auxiliaires (installation de bandes fleuries par exemple ou de mangeoires pour mésanges) et aux équilibres naturels.
Si on devait résumer : produire mieux, c’est souvent intervenir moins mais au bon moment.
Vous proposez des gammes ciblées comme les plantes de substitution au buis, les plantes tapissantes ou encore les végétaux adaptés aux jardins urbains. Pouvez-vous nous donner des exemples précis de variétés et expliquer, pour chacune, quelles « bonnes pratiques » de jardinage durable elles rendent possibles ou plus faciles ?
Les alternatives au buis comme l'Ilex crenata ou le Lonicera nitida permettent de maintenir des formes structurées tout en évitant la fragilité sanitaire du buis (on pense à la fameuse pyrale du buis). C’est une façon simple de sécuriser les haies et bordures dans la durée.
Le Zoysia, alternative au gazon traditionnel, est très intéressant pour limiter les besoins en eau et en tonte. Cette graminée s’installe lentement mais demande ensuite beaucoup moins d’entretien.
Le Phillyrea est une excellente plante de haie méditerranéenne : résistante aux écarts de température, au vent et aux embruns, elle illustre parfaitement l’adaptation au changement climatique.
Certaines plantes jouent aussi un rôle fonctionnel : la lavande Phenomenal possède des effets allélopathiques intéressants pour limiter certaines adventices (mauvaises herbes), tandis que l’arbre à miel est un véritable aimant à pollinisateurs.
Enfin, des plantes comme l’absinthe officinal peuvent participer à une protection naturelle du jardin grâce à leurs propriétés répulsives contre certains insectes (par exemple les pucerons).
Ces végétaux rendent le jardinage plus autonome : moins d’interventions, plus de fonctions écologiques.
En étant en lien avec des pépiniéristes, horticulteurs‑paysagistes, jardineries et collectivités, vous avez une vision globale de la filière. Quels freins observez-vous encore à la généralisation d’un jardinage vraiment responsable, et quelles solutions concrètes Pépinières La Forêt met-elle en avant pour accompagner ce changement de pratiques ?
Le principal frein reste l’habitude : beaucoup de choix végétaux sont encore guidés par l’esthétique immédiate plutôt que par l’adaptation réelle au jardin.
À cela s’ajoute un manque de visibilité sur les alternatives disponibles. Beaucoup de jardiniers ne savent pas qu’il existe des solutions mieux adaptées à leurs contraintes, qu’il s’agisse d’eau, de sol ou d’exposition.
Notre rôle chez Pépinières La Forêt et Leaderplant est donc très pédagogique. Nous travaillons à mieux structurer l’information : par usages, par conditions de culture, et par besoins réels du jardin.
Nous développons aussi une forte présence sur le web et dans la filière professionnelle, via les salons, les échanges avec les paysagistes et les collectivités, pour rendre ces alternatives plus visibles et plus concrètes.
En résumé, le frein n’est pas l’absence de solutions, mais le fait qu’elles ne soient pas toujours identifiées au bon moment.
Si l’on se projette à l’horizon 2026 et au‑delà, quelles grandes évolutions anticipez-vous dans les bonnes pratiques de jardinage durable (choix des espèces, gestion de l’eau, sols, nouvelles attentes des consommateurs), et comment préparez-vous dès aujourd’hui vos gammes de jeunes plants à ces transformations ?
Le jardinage de demain sera marqué par 3 grandes tendances.
- D’abord, le stress hydrique devient une donnée structurelle : les plantes sobres en eau ne seront plus une option, mais une norme.
- Ensuite, les plantes devront être multifonctionnelles : à la fois ornementales, utiles pour la biodiversité, et parfois même comestibles. Le jardin devient un espace hybride.
- Enfin, la simplicité d’entretien devient une exigence forte : moins de taille, moins d’arrosage, moins d’intrants. Le jardin doit s’adapter au mode de vie, pas l’inverse.
Nous adaptons nos gammes en sélectionnant des végétaux plus robustes, en testant de nouvelles associations et en mettant en avant des plantes polyvalentes.
En réalité, les plantes ont souvent déjà pris de l’avance. C’est notre façon de jardiner qui doit suivre.
Pour conclure, quel conseil très pratique donneriez-vous à un particulier qui, en 2026, veut faire évoluer son jardin pas à pas vers plus de durabilité en s’appuyant sur des jeunes plants comme les vôtres : par où commencer, et quelle erreur éviter absolument ?
Le meilleur point de départ est de ne pas tout changer d’un coup.
Il vaut mieux remplacer progressivement les plantes les plus gourmandes en eau ou les plus fragiles par des espèces mieux adaptées. Le jardin évolue par étapes, pas par révolution.
Le jeune plant est un excellent point d’entrée : il s’installe plus facilement, développe un système racinaire actif et s’adapte mieux à son environnement.
L’erreur la plus fréquente reste le choix uniquement basé sur le coup de cœur, sans tenir compte des conditions réelles du jardin : sol, exposition, climat, ou du temps nécessaire à l'entretien.
En jardinage durable, la vraie réussite, ce n’est pas d’avoir une plante spectaculaire le premier jour, mais une plante qui vous simplifie la vie pendant des années.
Et ça, en 2026, c’est probablement le vrai luxe au jardin.
Pour en savoir plus : https://www.pepinieres-la-foret.com/