L'été 2026 a été le plus chaud jamais mesuré en France. Selon le bilan climatique de Météo-France, la température moyenne a atteint 24,0 °C, soit 3,6 °C au-dessus de la normale, loin devant 2003 (+2,7 °C) et 2022 (+2,3 °C). Le pays a cumulé 53 jours de vague de chaleur en trois épisodes, un record, contre 33 en 2022. Les pluies ont été déficitaires d'environ 40 %, et la sécheresse des sols a atteint début août des niveaux inédits, plus bas que le record de 2022, sur plus d'un tiers du territoire.
Dans les jardins, cela s'est vu : feuillages grillés, massifs effondrés, pelouses jaunies dès juin. La réponse la plus répandue est connue : jardin sec, plantes méditerranéennes, gravier, paillage, couvre-sols. Mais toutes ces recettes ne se valent pas. Les travaux de la Royal Horticultural Society (RHS) et de plusieurs équipes de recherche montrent que certaines tiennent leurs promesses, que d'autres ne fonctionnent qu'à certaines conditions, et que l'une d'elles peut même aggraver la chaleur au pied des plantes. Bonne nouvelle : octobre est précisément le bon moment pour agir.
À noter : une partie des études citées ici a été menée au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Autriche ou en Iran, sous des climats et sur des sols différents des nôtres. Elles décrivent des mécanismes physiques et végétaux valables partout, mais leurs chiffres ne se transposent pas tels quels à un jardin français.
Le paillage seul ne suffit pas face à une sécheresse longue
Le paillage reste un geste utile, mais il a ses limites. En juillet 2022, lors d'une canicule qui a dépassé 40 °C par endroits au Royaume-Uni, la RHS a lancé une enquête auprès des jardiniers qui a recueilli plus de 8 000 réponses. Constat principal : des plantes établies et en bonne santé n'ont pas supporté des températures nettement supérieures à 30 °C, et les répondants ont signalé que le paillage ne protégeait pas toujours face à une chaleur et une sécheresse prolongées.
Le paillage ralentit l'évaporation, il ne crée pas d'eau. Quand le sol est sec en profondeur et que les semaines sans pluie s'enchaînent, il ne fait que retarder l'échéance. Son efficacité dépend donc de ce qu'il recouvre : un sol amendé en matière organique, qui retient l'eau, et des plantes capables d'aller la chercher loin.
Gravier ou paillis organique : pas le même effet sur la chaleur
Le paillage minéral est souvent associé au jardin sec. Il limite les herbes indésirables et l'évaporation, et la pépinière Filippi, spécialiste du jardin sec, le présente comme une solution intéressante. Sur la seule question de la température, en revanche, les matériaux organiques font mieux.
Des chercheurs des laboratoires Bartlett ont enregistré pendant une saison la température du sol à 7,5 cm de profondeur sous différents paillages, dans plusieurs États américains. Sur trente jours en plein été, l'écart entre minimum et maximum quotidiens était plus de quatre fois plus faible sous une couche de feuilles mortes que sur sol nu ou sous gazon, et plus de deux fois plus faible sous des copeaux de bois. Les auteurs qualifient leurs conclusions de préliminaires. L'extension de l'université du Nebraska va plus loin : les paillis de pierre et de caoutchouc augmentent la température de l'air autour des plantes, ce qui accroît leurs pertes en eau.
La RHS met d'ailleurs en garde contre la tentation du tout-gravier : elle recommande de remplacer les plantes qui souffrent par des espèces plus adaptées plutôt que de passer au gravier. Concrètement : le gravier a sa place autour des plantes méditerranéennes qui craignent l'humidité au collet, mais pour protéger un sol de la surchauffe, un paillis de feuilles, de broyat ou de copeaux est plus efficace.
Les plantes rafraîchissent, à condition d'avoir de l'eau
Couvrir le sol de végétation plutôt que le laisser nu le rafraîchit réellement. Sur son jardin de Wisley, la RHS a mesuré des températures estivales plus basses sur les zones végétalisées que sur les surfaces minérales. Dans ses essais, deux plantes au feuillage velu, l'épiaire de Byzance (Stachys byzantina) et la sauge officinale (Salvia officinalis), ont maintenu des feuilles et un sol plus frais que le sol nu et que les autres espèces testées. Une étude menée en Iran en climat aride a de même observé que les couvre-sols vivants abaissaient davantage la température du sol que les paillis inertes.
Ce rafraîchissement repose sur la transpiration. Une équipe de chercheurs autrichiens l'a vérifié en serre sur quatre vivaces de murs végétaux (heuchère, bergénia, géranium sanguin, brunnera) : privées d'eau, elles ferment leurs stomates et leurs feuilles deviennent 6 à 8 °C plus chaudes que celles des plantes arrosées. Une plantation dense ne refroidit donc le jardin que si elle est adaptée à la sécheresse ou dispose d'un minimum d'eau. Un couvre-sol qui sèche sur pied ne protège plus rien.
Les plantes qui ont le plus souffert, et ce qui les remplace
L'enquête de la RHS a établi la liste des dix plantes les plus touchées par la chaleur de 2022 : hortensia, érable du Japon, fuchsia, astilbe, rosier, anémone, fougères, heuchère, phlox et crocosmia. Les trois premières préfèrent les situations fraîches et humides, et beaucoup des plantes abîmées se trouvaient en plein soleil ou en sol sec. Le rosier et le crocosmia, en revanche, ont souvent récupéré : de nombreux rosiers fleurissaient encore fin octobre.
Le conseil de la RHS tient en une phrase : ne pas remplacer à l'identique. Un hortensia grillé en plein sud ne retrouvera pas de meilleures conditions l'été prochain. Mieux vaut le déplacer à l'ombre et installer à sa place une plante adaptée à l'exposition. Le choix est large : Olivier Filippi rappelle dans un entretien à Gardens Illustrated que le bassin méditerranéen compte au moins 25 000 espèces adaptées à la sécheresse, dont seulement quelques centaines sont cultivées.
Autre recommandation : ne pas tailler une plante qui a perdu ses feuilles sous l'effet de la chaleur. La plupart gardent des bourgeons vivants et refont des feuilles. Attendre le printemps permet de voir ce qui est réellement mort.
Planter en octobre, arroser peu mais profondément
Le calendrier joue en faveur du jardinier. La pépinière Filippi recommande de planter en début d'automne : les pluies aident l'installation, et les arrosages du premier été se réduisent à quelques apports espacés de plusieurs semaines. Une plantation de printemps demande au contraire un arrosage profond environ une fois par semaine pendant tout l'été.
Sa méthode, qui va à l'encontre de bien des habitudes :
Planter de petits sujets, qui reprennent plus facilement que les grosses plantes en conteneur.
Ne pas ajouter d'engrais ni de terreau, mais décompacter le sol pour que les racines descendent, et ajouter deux ou trois pelletées de sable de rivière et de gravier dans le trou de plantation.
En sol argileux ou en terrain plat et bas, surélever les massifs d'environ 20 cm, car la plupart des plantes de jardin sec craignent l'eau stagnante en hiver.
Former une cuvette d'environ 20 cm de profondeur et 60 cm de large autour de chaque plant, et la remplir à ras bord, soit 20 à 30 litres selon le sol.
Pour une plantation d'automne : un arrosage d'installation, puis environ un par mois en hiver et un toutes les deux à trois semaines par temps chaud jusqu'à la fin du premier été.
Bannir l'arrosage automatique, goutte-à-goutte ou aspersion, qui maintient les racines en surface.
Selon la pépinière, une fois le premier été passé, ces plantes n'ont plus besoin d'être arrosées. Pour aller plus loin sur le choix des végétaux et les alternatives au gazon, voir notre article Le jardin sec n'est pas un renoncement.
Ce qu'il faut retenir
Après un été 2026 record (53 jours de vague de chaleur, sols au plus sec), adapter le jardin n'est plus une option de style.
Le paillage limite l'évaporation mais ne remplace ni un sol qui retient l'eau ni des racines profondes.
Contre la surchauffe du sol, les paillis organiques (feuilles, broyat, copeaux) font mieux que le gravier, qui peut réchauffer l'air autour des plantes.
Une végétation dense rafraîchit le jardin seulement si elle n'est pas en manque d'eau : choisir des espèces adaptées est la condition de cet effet.
Ne pas remplacer à l'identique les plantes grillées, ne pas les tailler avant le printemps.
Planter maintenant, petit, sans engrais, et arroser rarement mais en profondeur.
Un angle mort demeure : il n'existe pas en France d'enquête comparable à celle de la RHS recensant les plantes de jardin qui ont résisté ou succombé aux canicules. Les observations des jardiniers français sur l'été 2026 restent à collecter.
Sources
Météo-France, Bilan climatique de l'été 2026 (France, 1er juin au 31 août 2026), réseau national de stations.
Royal Horticultural Society, Extreme heat survey : enquête déclarative auprès de plus de 8 000 jardiniers, Royaume-Uni, juillet 2022.
Royal Horticultural Society, Gardens and cooling: the importance of plant choice, programme dirigé par Tijana Blanusa (mesures à Wisley 2008-2009, essais en serre et en extérieur jusqu'en 2015).
Royal Horticultural Society, conseils relayés par la presse britannique : Don't replace struggling plants like for like.
E. T. Smiley et S. Henry, Bartlett Tree Research Laboratories, Benefits of mulch in regulating soil temperature, Pacific Horticulture, automne 2022 : capteurs à 7,5 cm de profondeur, avril à octobre, parcelles en Californie, Arizona, Texas et New Jersey.
K. Feehan, University of Nebraska-Lincoln Extension, Landscape mulch for water conservation, avril 2024.
M. Gräf, M. Immitzer, P. Hietz et R. Stangl, Water-stressed plants do not cool, Sustainability, 2021 : essai en serre sur quatre vivaces de murs végétaux, Autriche.
Université Ferdowsi de Mashhad, Examining temperature and soil moisture contents of mulches in the urban landscaping of an arid region, Desert, 2021 : essai en blocs randomisés, 2014-2015, Iran.
Pépinière Olivier Filippi, Conseils de plantation et entretien, France.
Gardens Illustrated, entretien avec Olivier Filippi, juin 2023.